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Comment c'est arrivé là ? Jeu d'épingles et paire de manche

Que celui ou celle qui n'a jamais tâché ses manches de peinture à l'école lève la main !

Ha les manches, quel ennui ! Toujours ou trop longue ou trop courte...

Mais nos ancêtres avaient la solution, qui d'ailleurs existe encore un peu, quoi qu'appliquée de manière plus pratique. 

Je parle bien entendu des manches amovibles. 

 

Comment ? Cette invention n'est pas dûe aux concepteurs de vêtements de sport ? Hé bien non, elle date, une fois encore, du moyen-âge. 

À cette époque, le tissu est cher, l'entretien compliqué, et les manches sont la partie du vêtement qui s'abîme le plus et le plus vite. Aussi, soit on conçoit des vêtements s'arrêtant à l'épaule, et on s'épargne la peine de coudre une emmanchure - les apprenties couturières, je vous charge d'expliquer la difficulté aux non pratiquants-, soit on y met une manche courte, s'arrêtant selon la mode au milieu du bras ou au coude. 

Je vous entends venir "et l'hiver alors ? " Pas de panique ! les manches sont simplement devenues amovibles, permettant ainsi de suivre la mode, ou tout simplement de changer d'activité, ce qui nécessite parfois "une autre paire de manche", tout en conservant la même tenue.

 Imaginez, c'est jour de tournois. Les chevaliers défilent, magnifiques, portant des cimiers plus évocateurs les uns que les autres, montés sur les chevaux caparaçonnés à leur couleurs, la parade s'arrête alors face à la tribune d'honneur.

Un preux chevalier s'avance, incline sa lance devant une noble damoiselle pour lui rendre hommage, celle-ci peut lui accorder une faveur. Plutôt que de se défaire de son voile, parce qu'une dame comme il faut ne se retrouve pas "en cheveux", c'est à dire nu-tête en publique, elle ôtera sa manche, (souvent c'est sa femme de chambre qui la défait, une dame ne sort jamais seule), qu'elle posera autour de la lance. Charge alors à l'écuyer (il faut bien rentabiliser le petit personnel à disposition) de la nouer au bras droit du chevalier qui porte alors les couleurs de sa dame. Et si la manche est abîmée pendant la joute ? Qu'importe, ce n'est qu'une manche, ça se remplace facilement.

Oui mais ça glisse ! 

Là encore, pas d'inquiétude, nos ancêtres ont pensé à tout, jusque dans les détails de coquetterie. On peut choisir la manière selon ses envies, la mode, ou ses moyens financiers.

Une assez simple consiste à nouer des aiguillettes, des petits lacets intégrés au vêtement de corps. Et oui, il y a un lien avec le fait de nouer les aiguillettes d'un homme pour contrarier sa vie conjugale, mais alors on parle des aiguillettes servant à retenir les chausses. 

 Il est aussi possible de lacer la manche à la couture d'épaule, laissant apparaître plus ou moins de tissus de sa chemise, car le système de laçage permet de faire bouffer le tissu, de montrer qu'il est non seulement de qualité, mais en plus qu'on possède suffisamment d'argent pour se permettre d'en consommer plus que le strict nécessaire. Pas besoin de porter tel ou tel tailleur ou couturier pour exposer sa richesse, en plus, ça permet à ces messieurs de gagner en carrure, que demander de plus ? Cette mode va évoluer vers la mode des manches à crevée, qu'on voit très souvent sur les tableaux représentant Roméo et Juliette par exemple.

Autre astuce : les épingles.

Version petit revenus, on place deux épingles par manche, une en haut et une en bas sur le devant pour ne pas se piquer lors des mouvements. Pour les plus aisés, on utilisait quatre épingles, les deux premières comme chez les pauvres, et deux autres sur l'arrière de la manche, signifiant par là qu'on avait assez d'argent pour non seulement posséder suffisamment d'épingles, mais également qu'on employait valet ou chambrière pour aider à s'habiller. De là est arrivée l'expression "tirée à quatre épingle" parlant alors d'une manche bien ajustée par un ou une domestique. 

La mode évolue. les manches se recousent au corps de vêtement mais s'arrêtent souvent au coude, s'ornant de volant pour les oisifs, et se complétant avec des gants ou des mitaines longues pour affronter l'hiver. On conserve ainsi son vêtement principal qu'on protège d'un tablier, sans se compliquer la vie avec des manches trop longue et trop compliquée à entretenir. 

Bien plus tard, lors de la démocratisation de l'emploi de bureau, des manchons amovibles, souvent en coton huilé ou en cuir fin, seront distribués aux employés des administrations ou des banques afin d'épargner leurs manches de chemise des tâches d'encre.

Ces manchons, allant du coude au poignet, aujourd'hui en plastique et jetables sont parfois encore utilisé en agro-alimentaire. 

Amovible, retroussée, protégée, à chaque métier correspond sa paire de manche